Texte de sensibilisation à la douance – Partie 1

écrit par Dre Marianne Bélanger, Psy.D., Ph.D., psychologue, neuropsychologue Publié sur le site : sosprof.ca  
PARTIE 1 La douance, qu’est-ce que c’est?   Douance, surdouance, haut potentiel ou précocité intellectuelle?   Premier problème. On manque encore de consensus sur la terminologie. En France, une tendance vers le terme « précocité intellectuelle » semble émerger, mais on y retrouve aussi souvent le terme «surdouance». Au Québec, on tend plutôt vers «douance» et «haut potentiel intellectuel (HP ou HPI)».   Deuxième problème, pour comprendre la douance, il faut d’abord comprendre ce qu’est l’intelligence.   L’intelligence, c’est quoi?   Excellente question ! Plusieurs chercheurs dans le monde se la posent d’ailleurs depuis des décennies et un débat scientifique est toujours présent. Y a-t-il un seul facteur d’intelligence général qui, quoique décomposable (verbal, non verbal, etc.), est commun à tous et prédicteur de réussite ? Ou l’intelligence a-t-elle de multiples facettes (linguistique, logicomathématique, etc.) qui prédiront la réussite dans un domaine particulier ?   Unique ou multiple, les chercheurs s’entendent généralement sur le fait que l’intelligence c’est :
  • Notre capacité à penser, réfléchir et comprendre ;
Et
  • Notre capacité à nous adapter, à agir et à créer.
  On sait que l’intelligence est biologique, donc présente dès notre naissance. Elle n’est pas causée par l’éducation ou l’environnement, même si elle entrera bien évidemment en interaction avec la façon dont nous serons élevés ou le milieu dans lequel nous nous épanouirons. En bref, l’intelligence est causée par des milliers de gènes. Et nos gènes, ce sont nos parents qui nous les transmettent.   Maintenant, comment fait-on pour savoir si quelqu’un est plus ou moins intelligent que les autres?     Comment mesure-t-on l’intelligence?   Même si des débats statistiques et conceptuels existent sur la façon de mesurer l’intelligence, on sait que les tests de quotient intellectuel (QI) mesurent bien ce qu’on entend généralement par «intelligence». Pour démystifier les mythes entourant l’intelligence et le QI, n’hésitez pas à visiter : www.douance.org. En bref, sachez qu’une évaluation réalisée par un psychologue ou un neuropsychologue, qui tient compte du développement global de la personne et qui inclut un test de QI, est une mesure valide de l’intelligence.   Tous les psychologues et neuropsychologues formés pour le faire peuvent évaluer l’intelligence. Maintenant, ils ne sont pas tous spécialisés en douance. Il est conseillé de «magasiner» le lien de confiance et les compétences du professionnel qu’on consulte parce que, vous verrez dans le prochain article, la douance peut être complexe à évaluer et  masquée par d’autres troubles.   Ceci étant dit, avant de dire ce qu’est la douance, il est utile de comprendre ce qu’elle n’est pas.   Être surdoué, qu’est-ce que ce n’est pas?   La Figure 1 (ci-après) vous montre la répartition, dans la population, des quotients intellectuels obtenus à un test de QI classique. On y lit que 68% des gens sont dans la moyenne.  Le rythme d’apprentissage et les objectifs scolaires sont pensés pour eux. À moins de faire face à des difficultés dans leur développement, ils réussiront à l’école et auront un fonctionnement normal à l’âge adulte.   On y voit ensuite que 13,5% des gens ont une intelligence supérieure (au-dessus de la moyenne) et qu’un autre 13,5% ont une intelligence inférieure (au-dessous de la moyenne). La recherche montre que les premiers auront plus de facilité à l’école grâce à leur rythme d’apprentissage plus rapide. En majorité, ce sont les enfants «bons à l’école» qui ont ensuite une vie professionnelle performante. Tandis que les seconds auront des difficultés d’apprentissage pour lesquelles ils auront du soutien et un cheminement adapté. Pour finir, la majorité obtiendra un emploi et atteindra un bon niveau de vie.   Au total, 95% des gens autour de nous parviennent, avec leurs forces et leurs faiblesses, à s’adapter et à fonctionner dans la société à différents niveaux.   Tout cela, ce n’est pas la douance.    
Courbe de Gauss QI
Figure 1. Courbe de répartition normale des QI selon Wechsler (Courbe de Gauss) Dr. Marianne Bélanger, neuropsychologue
  Et le bas de la courbe?   On voit qu’il y a 2,5% des personnes qui (si elles ont également des limitations dans leur adaptation quotidienne) ont une déficience intellectuelle (DI). Heureusement, la DI est reconnue par le Ministère de la Santé et des Services Sociaux ainsi que par le Ministère de l’Éducation. En vertu de la Loi sur les services de santé, les personnes DI bénéficient d’aide financière et technique, de services publics spécialisés en réadaptation ainsi que de classes et d’écoles adaptées. N’hésitez pas à vous sensibiliser sur la déficience intellectuelle, en visitant notamment le www.amdi.info.   Bien entendu, cela non plus, ce n’est pas de la douance.   Donc être surdoué, qu’est-ce que c’est?   Actuellement, on tend à définir comme ayant un haut potentiel intellectuel, les individus avec un QI supérieur à 130, donc autour de 2,5% de la population. En France, plusieurs auteurs recommandent un seuil de 125, ce qui inclut plutôt 5% de la population.   En résumé, un enfant surdoué est AUSSI éloigné et différent de la moyenne qu’un enfant avec une DI. Il devient donc logique de croire que les enfants surdoués apprennent, eux aussi, différemment et que l’école n’est probablement pas adaptée à leurs besoins à tous.   Il va sans dire que cette définition ne vous aide pas à dépister les jeunes surdoués dans votre classe ou dans votre famille. Heureusement, vous verrez ci-après que la douance ce n’est pas juste une question de QI !
 
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