Texte de sensibilisation à la douance – Partie 4

Publié sur le site : sosprof.ca   PARTIE 3⬅   PARTIE 4 Pourquoi n’en parle-t-on pas plus?   Chut … tabou!   La douance est encore très taboue au Québec. Nous sommes plus de 10 ans en retard sur la France (et déjà plusieurs années en retard sur d’autres provinces du Canada) à l’égard de notre acceptation, de notre compréhension et de notre soutien aux jeunes à haut potentiel intellectuel (HP). Pourquoi ? Plusieurs hypothèses sont possibles.   La première hypothèse repose sur nos racines gréco-chrétiennes qui survalorisent l’humilité en associant la honte à la richesse et en donnant naissance au mythe historique des Québécois «nés pour un petit pain». Conséquences ? Si vous annoncez à vos proches que votre enfant à une déficience intellectuelle, vous recevrez (je l’espère) de la compassion. Mais ceux qui annoncent une douance, reçoivent souvent un air de condescendance, une écoute bienveillante, mais mêlée d’un certain mépris pour leur affirmation que leur enfant est «plus intelligent». Imaginez les parents qui doivent en parler à l’école ou à leur proche. Même certains psychologues, peu sensibilisés, risquent de ne pas les comprendre entièrement.   Deuxième hypothèse : l’argent. Imaginez ce que pourrait couter la reconnaissance et la prise en charge par le système public des besoins particuliers d’un autre 2% à 5% de sa population. La logique pourrait rendre certains organismes subventionnaires moins enclins à promouvoir la recherche sur le sujet. Heureusement, il existe tout de même certaines études et thèses sur les personnes HP. Vous pouvez en consulter quelques-unes à www.hautpotentielquebec.org/recherche-universitaire-doctorat-memoire.   Il s’agit de suggestions d’idées, non exhaustives et non mutuellement exclusives. Chose certaine, sachez que le débat ne date pas d’hier dans les commissions scolaires québécoises. D’un côté, les défenseurs des besoins particuliers des élèves HP et del’autre, ceux qui craignent l’élitisme et l’inégalité. Le combat est parfois sanglant, croyez-moi.   À ce jour, seule la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys s’est dotée d’une « Politique des élèves surdoués et talentueux » et ce, depuis 2011. À la Commission scolaire de Montréal, une école primaire (Fernand-Séguin) offre un programme particulier en sciences. Pour connaitre les écoles primaires offrant des programmes particuliers pouvant convenir à certains profils de jeunes surdoués ou talentueux, visitez : www.adaptationscolaire.net/themes/douance/projdopr.htm et pour les écoles secondaires, visitez : www.adaptationscolaire.net/themes/douance/projdose.htm#monteregie. C’est un début, surtout pour les élèves HP qui ont un profil homogène et qui sont plutôt intellectuels. Toutefois, nous sommes encore très loin de répondre aux besoins des élèves HP hétérogènes ou avec des troubles associés. Ceux qui vivent des difficultés scolaires, abandonnent l’école et sont plus mésadaptés, avec tous les couts collatéraux pour eux-mêmes et pour la société.   Comprendre d’où on vient peut nous permettre de comprendre où on va. La suite du documentaire, nous l’avons tous entre nos mains : sensibiliser à la douance nos proches, nos écoles, nos intervenants (médecins, psychologues, travailleurs sociaux et autres) et nos décideurs (scolaires, administratifs, politiques) … et tenter de nous adapter.   Qui s’adapte à qui? Et comment?   L’adaptation est un processus naturel chez tous les humains qui permet de se protéger de la désorganisation provoquée par quelque chose de nouveau qui est perçu comme menaçant. Beaucoup d’auteurs décrivent encore un processus d’adaptation en cinq étapes : choc, déni, détresse, détachement et acceptation. On sait aujourd’hui qu’on ne passe pas nécessairement par toutes ces étapes, et pas nécessairement dans cet ordre. On peut en sauter certaines et faire plusieurs allers-retours. Je vous propose de vous accompagner dans une partie de votre processus, comme je le fais chaque jour avec des enfants surdoués et leur famille.  
  • Le choc
Plusieurs personnes ne savaient sincèrement pas que les enfants et les adultes HP pouvaient souffrir et être handicapés dans leur fonctionnement.  En fait, le choc est là. On peut y réagir de façon très différente les uns des autres. Vous pourriez, par exemple, être révolté de la situation, inquiet, attristé ou encore indifférent.  
  • Le déni ou la banalisation
« Ça ne se peut presque pas d’avoir un haut potentiel. Ça doit être bon dans la vie. Les enfants doués fonctionnent comme les autres ou mieux. » Certains pourraient croire qu’il n’y a pas d’enfants doués dans leur entourage. Pour démystifier plusieurs mythes, n’hésitez pas à visiter : www.douance.org.  
  • L’impuissance ou la détresse
« Je pense que j’ai peut-être un jeune doué dans ma classe. Mon enfant est peut-être doué. Qu’est-ce que je fais maintenant ? » Heureusement, il existe des ressources. D’ailleurs, un regroupement mérite votre attention. Il s’agit de Haut Potentiel Québec dont la mission est de «rassembler et diffuser les connaissances et les ressources liées à la douance dans le but de soutenir les familles et de sensibiliser la population aux enjeux liés à la douance.» (www.hautpotentielquebec.org).  
  • Le détachement (ou le temps qui passe)
Il n’y a pas de miracle. Il faut se laisser du temps pour s’informer et cheminer, pour obtenir des réponses et s’outiller ainsi que pour évoluer comme individu et comme société.  
  • L’acceptation
Finalement, il faut accepter véritablement et s’adapter. Selon le Centre d’études sur le Stress humain, fondé et dirigé par Dre Sonia Lupien, Ph.D., psychologue, il existe deux types d’adaptation possible (www.stresshumain.ca) :
  1. L’adaptation centrée sur les problèmes : «cette stratégie implique le changement actif de la situation qui est à la source du stress. Vous vous concentrez sur le problème.» (par ex. analyser la situation, appliquer des leçons apprises).
  2. L’adaptation centrée sur les émotions : «cette approche, plus passive, consiste à changer votre réaction émotionnelle face à la situation. Vous vous concentrez sur vos émotions.» (par ex. ruminer, éviter, nier, blâmer, chercher du soutien social).
  Parce que les valeurs chrétiennes sont aussi l’amour du prochain, l’accueil de l’étranger et le respect de l’autre,tous ceux qui ont l’éducation et le bien-être des enfants à cœur se doivent d’être sensibilités à la douance. Espérons que d’autres documentaires de sensibilisation suivront sur les adolescents et les adultes surdoués qui vivent un lot bien différent de défis et de souffrances.   RÉFÉRENCES -Antshel, K. M. (2008). Attention-Deficit Hyperactivity Disorder in the context of a high intellectual quotient/giftedness. Developmental Disabilities Research Review, 14, 293-299. -Antshel, K. M., et al. (2007). Is attention deficit hyperactivity disorder a valid diagnosis in the presence of high IQ? Results from the MGH Longitudinal Family Studies of ADHD. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 48, 687-694. – Bélanger, S. (2010). Attitudes des différents acteurs scolaires à l’égard de l’inclusion. Dans Rousseau, N. (dir.), La pédagogie de l’inclusion scolaire (2e éd.), (p. 111– 132). Québec, QC : Les Presses de l’Université du Québec. – Burger-Veltmeijer, A. E.J., Minnaert, A. E.M.G., & Van Houten-Van des Bosch, E. J. (2011). The co-occurrence of intellectual giftedness and autism spectrum disorders. Educational Research Review, 6, 67-88. – Direction des statistiques et de l’information décisionnelle Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (2014). Statistiques de l’éducation. Enseignement primaire, secondaire, collégial et universitaire. Éditions 2012. Bibliothèque et Archives nationale du Québec. Ce document peut être consulté sur le site Web du Ministère : www.mels.gouv.qc.ca -Grizenko, N., Qi Zhang, D. D., Polotskaia, A., & Joober, R. (2012). Efficacy of Methylphenidate in ADHD Children across the Normal and the Gifted Intellectual Spectrum. J Can Acad Child Adolesc Psychiatry, 21, 282-288. -Mann Kiefer, Caroline. (2015). Mémoire de maitrise en Orthophonie : Hauts potentiels et Troubles Spécifiques des Apprentissages : étude de la présence de TSA auprès d’une population de collégiens à hauts potentiels. -Guénolé, F., Speranza, M., Louis, J., Fourneret, P., Revol, O., & Baleyte, J-M. (2015). Wechsler profiles in referred children with intellectual giftedness : Associations with trait-anxiety, emotional dysregulation, and heterogeneity of piaget-like reasoning processes. Official Journal of the European Paediatric Neurology Society, 19, 402-410. -Mann Kiefer, Caroline. (2015). Mémoire de maitrise en Orthophonie : Hauts potentiels et Troubles Spécifiques des Apprentissages : étude de la présence de TSA auprès d’une population de collégiens à hauts potentiels. -Revol, O. (2006). Même pas grave ! L’échec scolaire, ça se soigne. Paris : Jean Claude Lattès. – Revol, O., Poulin, R. & Perrodin, D. (2015). 100 idées pour accompagner les enfants à haut potentiel. Paris : Édition Tom Pousse. -Siaud-Facchin, J. (2002). L’enfant surdoué : l’aider à grandir, l’aider à réussir. Paris : Odile Jacob. -Terrassier, J.C. & Gouillou, P. (2016). Guide pratique de l’enfant surdoué, 11e édition, Repérer et aider les enfants précoces. Paris: ESF éditeur. -Tremblay, P. (2015). Les attitudes d’enseignants du secondaire envers la Politique québécoise de l’adaptation scolaire. Revue canadienne de l’éducation, 38, 2-29.
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