Texte de sensibilisation à la douance – Partie 3

Publié sur le site : sosprof.ca   PARTIE 2⬅   PARTIE 3 Et les troubles associés à la douance?   Seriez-vous surpris d’apprendre que nous n’avons pas de données empiriques qui montrent quelle proportion des enfants à haut potentiel (HP) ont également un trouble d’apprentissage (TA) (les dys, par ex. dyslexie), un déficit d’attention (TDAH) ou un trouble du spectre autistique (TSA) ? Les données de recherche sont embryonnaires, mais en voici quelques-unes.   Douance et trouble d’apprentissage?   Dans son mémoire de 2015, disponible sur le site de Haut Potentiel Québec, Caroline Mann Kiefer, orthophoniste française, montre que 45% des enfants surdoués de son échantillon ont un TA. De ceux-ci, 18% seulement sont diagnostiqués (l’équivalent de ce qu’on retrouve dans la population générale) et ils le sont en moyenne 3 ans et 3 mois plus tard que les enfants non-surdoués. Les principaux TA présents chez les enfants surdoués sont les dyslexies-dysorthographies phonologiques ainsi que les dyspraxies (maladresse, trouble de la coordination motrice, écriture illisible). Des chercheurs allemands ont récemment montré que la grande mémoire (visuelle et verbale) et le vocabulaire plus avancé des enfants surdoués cachent très souvent la présence de dyslexie.   Douance et trouble du spectre autistique (TSA)   Dans leur revue de la littérature scientifique, Burger-Veltmeijer et ses collègues (2011) révèlent un problème inquiétant quant aux diagnostics possiblement erronés d’autisme chez les enfants surdoués et au fait qu’on risque de manquer la douance chez les enfants ayant un diagnostic d’autisme. En fait, plusieurs auteurs indiquent un chevauchement des caractéristiques propres aux enfants ayant un TSA et aux enfants surdoués, particulièrement ceux avec un profil hétérogène. Ceci serait particulièrement le cas chez ceux qui ont des habiletés non verbales supérieures à leurs habiletés verbales, mais aussi chez ceux avec un très haut QI (≥145). En fait, les enfants ayant un TSA et les enfants surdoués partagent souvent les caractéristiques suivantes :
  • Intérêts très vifs et très absorbants qu’ils partagent peu avec les autres ;
  • Habiletés sociales qui paraissent limitées, retrait social ;
  • Mauvaise compréhension des règles de la communication sociale ;
  • Humour particulier ;
  • Langage formel ;
  • Pensée divergente ;
  • Perfectionnisme excessif, préoccupation pour les détails ;
  • Maladresse motrice ;
  • Hypersensibilités sensorielles ;
  Douance ou TDAH?   Le débat est actuellement vif sur le sujet. On sait que 1) le TDAH est le diagnostic le plus fréquent chez les enfants surdoués et 2) qu’il y aurait beaucoup d’enfants surdoués dans les populations de TDAH. Cependant, des spécialistes américains estiment qu’environ 50% des enfants surdoués qui reçoivent un diagnostic de TDAH ne le seraient pas réellement.   Pourquoi ? Parce que la majorité des psychologues et des neuropsychologues qui évaluent le TDAH croient que la douance ce n’est qu’un QI ≥ 130. Ce que la douance n’est pas. Cette méconnaissance fait en sorte qu’ils attribuent à un «TDAH» ce qui serait en fait des comportements et des profils cognitifs «normaux» chez les enfants surdoués. Mais aussi, parce que les comportements TDAH et les comportements HP se ressemblent énormément. Par ailleurs, les difficultés de planification et les comportements d’inattention sont plus fréquents chez les enfants surdoués que chez les «non-surdoués».     Douance + TDAH?   Malheureusement, on comprend encore très mal les liens, pourtant tissés serré, entre douance et TDAH. Pour le moment, une des rares équipes de recherche à se spécialiser sur le sujet (Antshel, 2008 ; Antshel et al., 2007) a démontré que le diagnostic de TDAH est bien valide chez les enfants HP et qu’il est présent chez 5% d’entre eux (comme dans la population générale).   Ces chercheurs montrent, qu’en comparaison aux enfants HP sans TDAH, les HP avec TDAH redoublent plus souvent, ont besoin de plus d’aide à l’école et développent plus de troubles psychiatriques à l’adolescence (épisodes dépressifs, trouble d’opposition, phobies sociales, trouble obsessif-compulsif). Des chercheurs de Montréal ont par ailleurs montré que le traitement du TDAH avec du méthylphénidate (Concerta®, Ritalin®) est aussi efficace chez les enfants surdoués que chez ceux dont les capacités intellectuelles sont dans la normale (Grizenko et al., 2012).     Comment fait-on la différence?   En attendant que la recherche soit plus éclairante, sachez que les enfants surdoués sans TDAH sont généralement capables d’être attentifs et réussissent bien à l’école, mais n’oubliez pas qu’ils deviennent inattentifs, agités et impulsifs lorsqu’ils ne sont pas assez stimulés.   Notre expérience clinique montre que les enfants surdoués avec TDAH sont encore plus … TDAH ! Par ennui, ils bougent encore plus et sont encore plus impulsifs (surtout les garçons). Ils sont encore plus revendicateurs et contestataires que les enfants surdoués sans TDAH. Mais surtout, ils supportent souvent mal l’échec puisqu’ils manquent de contrôle sur leur performance, souvent très variable et en dessous de leurs capacités intellectuelles. Par manque d’inhibition, ils sont encore plus intenses dans leur vécu émotif, dans leurs actions et dans leurs champs d’intérêt.   Douance et réussite scolaire   On ne connait pas la situation des élèves surdoués au Québec. En France, 43% des enfants HP n’obtiennent pas l’équivalent d’un diplôme d’études collégiales (cégep). Dans sa brochure à l’intention des enseignants, Haut Potentiel Québec révèle des statistiques fournies par l’Association Française pour les Enfants Précoces qui montrent que les enfants surdoués réussissent bien à l’école primaire, mais qu’au milieu du secondaire, 1/3 excellent, 1/3 sont moyens et 1/3 sont en échecs. Inquiétant non ?   Finalement   On sait également que les surdoués, autant les enfants que les adolescents ou les adultes, ont une forte tendance à argumenter et donc à paraitre opposants. Ils vivent souvent de l’anxiété sociale et présentent souvent une dépression existentielle. Sur ce dernier sujet, vous pouvez d’ailleurs lire un article intéressant à l’adresse suivante : http://hautpotentielquebec.org/wpcontent/uploads/2012/08/depressionexistentielle.pdf.   RÉFÉRENCES -Antshel, K. M. (2008). Attention-Deficit Hyperactivity Disorder in the context of a high intellectual quotient/giftedness. Developmental Disabilities Research Review, 14, 293-299. -Antshel, K. M., et al. (2007). Is attention deficit hyperactivity disorder a valid diagnosis in the presence of high IQ? Results from the MGH Longitudinal Family Studies of ADHD. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 48, 687-694. – Bélanger, S. (2010). Attitudes des différents acteurs scolaires à l’égard de l’inclusion. Dans Rousseau, N. (dir.), La pédagogie de l’inclusion scolaire (2e éd.), (p. 111– 132). Québec, QC : Les Presses de l’Université du Québec. – Burger-Veltmeijer, A. E.J., Minnaert, A. E.M.G., & Van Houten-Van des Bosch, E. J. (2011). The co-occurrence of intellectual giftedness and autism spectrum disorders. Educational Research Review, 6, 67-88. – Direction des statistiques et de l’information décisionnelle Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (2014). Statistiques de l’éducation. Enseignement primaire, secondaire, collégial et universitaire. Éditions 2012. Bibliothèque et Archives nationale du Québec. Ce document peut être consulté sur le site Web du Ministère : www.mels.gouv.qc.ca -Grizenko, N., Qi Zhang, D. D., Polotskaia, A., & Joober, R. (2012). Efficacy of Methylphenidate in ADHD Children across the Normal and the Gifted Intellectual Spectrum. J Can Acad Child Adolesc Psychiatry, 21, 282-288. -Mann Kiefer, Caroline. (2015). Mémoire de maitrise en Orthophonie : Hauts potentiels et Troubles Spécifiques des Apprentissages : étude de la présence de TSA auprès d’une population de collégiens à hauts potentiels. -Guénolé, F., Speranza, M., Louis, J., Fourneret, P., Revol, O., & Baleyte, J-M. (2015). Wechsler profiles in referred children with intellectual giftedness : Associations with trait-anxiety, emotional dysregulation, and heterogeneity of piaget-like reasoning processes. Official Journal of the European Paediatric Neurology Society, 19, 402-410. -Mann Kiefer, Caroline. (2015). Mémoire de maitrise en Orthophonie : Hauts potentiels et Troubles Spécifiques des Apprentissages : étude de la présence de TSA auprès d’une population de collégiens à hauts potentiels. -Revol, O. (2006). Même pas grave ! L’échec scolaire, ça se soigne. Paris : Jean Claude Lattès. – Revol, O., Poulin, R. & Perrodin, D. (2015). 100 idées pour accompagner les enfants à haut potentiel. Paris : Édition Tom Pousse. -Siaud-Facchin, J. (2002). L’enfant surdoué : l’aider à grandir, l’aider à réussir. Paris : Odile Jacob. -Terrassier, J.C. & Gouillou, P. (2016). Guide pratique de l’enfant surdoué, 11e édition, Repérer et aider les enfants précoces. Paris: ESF éditeur. -Tremblay, P. (2015). Les attitudes d’enseignants du secondaire envers la Politique québécoise de l’adaptation scolaire. Revue canadienne de l’éducation, 38, 2-29.
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