Bref historique de la douance au Québec 

 
  • Dans les années 70 et 80, le Québec n’échappe pas à la vague mondiale sur la douance (Massé, 2000), par exemple :
o   Des associations de parents, des groupes de recherche universitaires et des projets pilotes voient le jour. o   1983 : le Conseil supérieur de l’éducation demande la reconnaissance des élèves doués et talentueux ainsi que des ressources et allocations supplémentaires afin que les commissions scolaires puissent répondre à leurs besoins spéciaux (https://www.cse.gouv.qc.ca/fichiers/documents/publications/Avis/50-0323.pdf). o   1985 : le MÉQ trace les lignes d’une politique incluant 8 orientations pour guider nos actions et garder les élèves doués dans les écoles publiques (Les élèves doués et talentueux à l’école : État et développement). o   1986 : Deux sessions des États généraux sur l’éducation y sont dédiées.
  • En parallèle, suite au rapport Copex (1976), se met en place une politique d’adaptation scolaire basée sur les principes de normalisation et d’inclusion. Alors que l’intégration des élèves en difficultés d’adaptation et d’apprentissage (EHDAA) en classe régulière est synonyme de progrès et de démocratisation de l’éducation, une guerre idéologique et syndicale fait rage concernant les élèves doués et talentueux. La peur de l’élitisme et de l’accroissement des inégalités sociales s’installe chez des professionnels de l’éducation et des syndicats déjà dépassés et irrités par l’inclusion massive des EHDAA dans les classes régulières et le peu de ressources dont ils disposent pour s’y adapter.
o   1987 : Jocelyn Berthelot attaché à la Centrale des Enseignants du Québec (CEQ) publie un essai intitulé Une école de son rang, dans lequel il qualifie la douance d’inégalité génétique et sociale. Défendant l’égalité des chances comme concept social et non individuel, il affirme qu’offrir une éducation adaptée aux élèves doués, déjà privilégiés naturellement, mènerait à une société inégalitaire et hiérarchisée. Sa proposition égalitariste commande au Québec de focaliser uniquement ses efforts sur les élèves défavorisés ou en difficultés.  (http://www.adaptationscolaire.net/themes/douance/documents/textes_doua_berthelot87.pdf).  
  • Ce fut la fin de la vague en douance au Québec et la fin des associations de parents, des centres de recherche, des volontés politiques et des projets d’envergure.
  • Depuis, le Québec stagne, pendant que les autres pays industrialisés cherchent à favoriser leur croissance économique et sociale pour s’adapter aux nouveaux défis mondiaux en investissant ressources et argent dans la réussite éducative et le développement du plein potentiel de leurs enfants doués et talentueux.
  • En 1995, certains ont tenté, sans succès, de relancer le débat lors des audiences publiques de la Commission des États généraux sur l’éducation (p.ex. Vision du prochain système d’éducation du Québec : la douance ou Le cadeau que le Québec se refuse mémoire présenté par Line Crête). La réforme qui a suivi (1999) ne faisait toutefois aucune mention des élèves doués et talentueux au Québec ni de plan d’action ministériel les concernant.
 
  • Quelques rares commissions scolaires (C.S. Marguerite-Bourgeoys, C.S. de Montréal) dont quelques écoles (p.ex. école secondaire de LaSalle à Verdun, école Fernand-Séguin à Montréal) ont tout de même trouvé les moyens d’offrir des programmes particuliers en douance, mais les freins politiques et les barrières administratives perdurent et se multiplient. Pour n’en donner qu’un aperçu, Massé (2000) donne en exemple madame Pauline Marois qui, lorsqu’elle était ministre de l’Éducation en 1997, limite les projets d’écoles spéciales aux programmes d’éducation internationale tout en limitant les critères de sélection possibles pour les programmes particuliers.
  • Il faut attendre 2012 pour qu’un nouveau regroupement de parents voie le jour au Québec (Haut Potentiel Québec hautpotentielquebec.org). Depuis sa fondation, HPQ cherche à travailler étroitement avec les professionnels et les experts pour « rassembler et diffuser les connaissances et les ressources liées à la douance dans le but de soutenir les familles et de sensibiliser la population aux enjeux liés à la douance ».
  • Puis, en 2017, nait un organisme à but non lucratif constitué de professionnels (neuropsychologue, psychologue, médecin, enseignant, ergothérapeute, ingénieur, comptable, etc.) et de non-professionnels (toute personne du public ou des médias intéressée par le sujet, parents et proches d’enfants doués, adultes doués, enfants et adolescents doués, etc.) qui agissent bénévolement de manière concertée afin de mettre ensemble leur expertise en douance et leurs ressources au service de tous les Québécois.
  État de la situation actuelle
  • Au Québec, les enfants doués ne sont toujours pas reconnus comme ayant des besoins particuliers dans la législation et les politiques québécoises en éducation. Jusqu’à ce jour, ils ont donc été, pour la plupart, oubliés. La très grande majorité de nos professionnels (p.ex. enseignants, médecins, psychologues) ne sont pas au fait des connaissances scientifiques en douance et n’ont pas été formés pour les dépister, les évaluer et répondre à leurs besoins. En conséquence, une partie des enfants doués atteignent les objectifs d’apprentissage de l’école, mais sous-performent nettement en regard de leur potentiel, passant ainsi, au mieux, inaperçus tandis que d’autres reçoivent des diagnostics erronés et des traitements inutiles ou inadaptés en raison de leurs difficultés de fonctionnement et d’adaptation.
  • En conséquence, bien que plusieurs enfants et adultes doués s’adaptent bien, d’autres accumulent d’importantes difficultés d’adaptation et les couts pour la société québécoise sont astronomiques en raison 1) de la perte liée à ce potentiel non actualisé (p.ex. exil des talents, perte d’expertise dans des domaines d’avenir comme l’intelligence artificielle, sous-performance professionnelle générant des salaires plus faibles avec les pertes économiques qui en découlent) et 2) du cout de la mésadaptation des personnes douées pour le réseau scolaire ou le réseau de la santé. (p.ex. troubles chroniques d’adaptation, troubles persistants de santé mentale et physique, etc.).
  • En effet, ailleurs dans le monde, cela fait longtemps que le problème a été documenté, par exemple :
    • En France, en 2001, à partir des comptes de l’Éducation Nationale de 1996, Serge Salat, docteur en sciences économiques, estimait les pertes à 308 millions de francs/an (47 millions d’euros/an) pour l’échec de 50% des 400 000 enfants doués français. http://www.ae-hpi.org/languedoc-roussillon/LE_COUT_DES_EIP.pdf
    • Bien que des études montrent que les enfants doués peuvent avoir une meilleure capacité d’adaptation ou un plus grand sentiment de compétence que leurs pairs non doués (p.ex. Litster & Roberts, 2011), les experts en douance s’entendent pour dire que leur complexité développementale unique les place clairement plus à risque de décrochage scolaire ainsi que de désordres émotionnels et sociaux (p.ex. Webb et al., 2016), par exemple :
      • Selon les définitions et les méthodologies utilisées, jusqu’à 63% des enfants doués sous-performeraient à l’école en regard de leur potentiel (p.ex. VanTassel-Baska, 2000).
      • Aux États-Unis, malgré toutes les mesures d’aide mises en place, une étude de grande envergure a montré que des 5% de décrocheurs scolaires en 1995-96, 26% étaient des doués (Renzulli, & Park, 2000). On ne connait pas la part d’élèves doués qui décrochent au Québec, mais il est permis de croire qu’ils constituent une part non négligeable des 15,3% de jeunes qui, selon le MELS, sont sortis de l’école sans diplôme en 2012-2013.
      • 25 à 50% reçoivent un diagnostic erroné de TDAH dans leur vie (Webb et al., 2016).
      • 8 à 10% tiennent des propos suicidaires sérieux avant l’âge de 12 ans et les évidences s’accumulent sur le lien entre l’intelligence et le suicide (p.ex. Cross, & Cross, 2018). Par exemple, Voracek (2004) montre un taux de suicide 4 fois plus élevé chez les individus extrêmement doués que dans la population générale.
      • Dans une des rares études disponibles sur les adultes doués, Lancon et al. (2015) ont montré qu’un groupe d’adultes doués qui consultaient en psychiatrie rapportaient plus de douleurs physiques, moins de vitalité, une vie sociale de moindre qualité, plus de troubles de santé mentale (p.ex. 57% de leur échantillon de doués avaient un trouble d’anxiété généralisée et 75% avaient eu au moins un épisode dépressif dans leur vie), une estime de soi plus faible et plus de limitations fonctionnelles qu’un groupe qu’un groupe d’adultes non doués qui consultaient, eux aussi pourtant, en psychiatrie.
Un mot sur l’Association québécoise pour la douance (AQD). L’AQD est déjà active afin de sensibiliser le public et les professionnels ainsi que de mobiliser les acteurs en douance au Québec. Un tout nouveau site Web a été créé, dont le contenu est constamment enrichi,  et se positionne déjà très bien dans les moteurs de recherche. Par ailleurs, dans les prochains mois, l’association tiendra plusieurs évènements de sensibilisation pour le public, les professionnels et les médias. Le comité scientifique de l’AQD débute actuellement une revue de la littérature scientifique et des listes de ressources ainsi que des résumés d’articles scientifiques seront bientôt mis à la disposition des professionnels et du public. Des outils de dépistage destinés aux parents, aux enseignants, aux médecins et aux autres professionnels seront très bientôt disponibles gratuitement sur son site Web. Un programme de formation complet et spécialisé, également gratuit, pour les acteurs des milieux scolaires est actuellement en création. Des formations sont déjà au programme pour les professionnels et d’autres viendront dans les prochains mois et les prochaines années Finalement, des collectes de fonds se tiendront également dans les prochains mois pour permettre à l’AQD de poursuivre sa mission auprès du public et des professionnels québécois. N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez offrir votre aide pour la création d’un ou l’autre de ces projets.   Vous êtes intéressé à faire du bénévolat pour l’AQD? Cliquez ICI.  
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